Qui était Louis Massignon?

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Islamologue, diplomate, enseignant, inspirateur, religieux, archéologue, Louis Massignon (1883-1962) avait plus d’une facette. Considéré comme le dernier des orientalistes, il fut également cet érudit que ses cours au Collège de France et ses missions en Afrique n’ont pas empêché de se battre sur tous les fronts. Féru de justice autant que de non-violence, Louis Massignon sut être aussi bien un mystique qu’un écrivain redoutant par-dessus tout qu’on le soupçonne de faire de la littérature.

Si sa première rencontre avec la terre d’islam date de 1904 quand il découvre le Maroc, c’est en mai 1908 que sa vie connaît un tournant décisif. Prisonnier sur un vapeur turc, il a la révélation de sa vocation : vivre sur le terrain de contact spirituel entre le christianisme et l’islam. Désormais, il n’aura de cesse de chercher des points de convergence entre les deux religions, à travers certaines figures exemplaires : Mansûr Hallâj, fameux soufi, condamné à mort et crucifié à Bagdad, en 922 ; Abraham, le Père de tous les croyants monothéistes ; Salmân al-Farisi, un chrétien converti et compagnon persan du prophète de l’Islam ; Fâtima, si proche, surtout chez les chiites, du culte marial ; les Sept Dormants d’Éphèse, saints et martyrs chrétiens dont l’histoire est rapportée dans le Coran. Les sujets d’étude de Louis Massignon remplissent des milliers de pages devenues des classiques de l’islamologie.

Parmi ses amis, Louis Massignon comptait notamment Charles de Foucauld, avec qui il entretint une correspondance et dont il fut l’exécuteur testamentaire en 1917. Les écrivains français Paul Claudel et François Mauriac, le romancier égyptien Taha Hussein, (qui fut un élève de Massignon au Collège de France), l’auteur suisse Jacques Mercanton, des poètescomme Jean Cocteau et le Pakistanais Mohammed Iqbâl, les philosophes Rachid Reda, Jacques Maritain, Gabriel Marcel et Ali Shariati, les théologiens Martin Buber et le cardinal Jean Daniélou, les savants Henry Corbin, Théodore Monod, Vincent Monteil, Maxime Rodinson et Serge de Beaurecueil, le maire de Florence Giorgio La Pira et le ministre Edmond Michelet sont autant de noms qui ont puisé à la source de Louis Massignon.

Sa connaissance des hommes et des territoires (il fut un acteur de la politique arabe de la France durant la Première guerre mondiale puis un expert sollicité par des commissions interministérielles), son catholicisme fervent l’ont ensuite amené à prendre fait et cause pour la décolonisation.

Il s’impliqua dans le comité France-Maghreb et dans le comité chrétien d’entente France-islam ; il intervint en Égypte, à Madagascar et au Maroc où il contribua à faire libérer le futur Mohammed V. L’Algérie seulement lui laissera le sentiment d’une « occasion manquée ». Quant à ses méthodes – le jeûne hebdomadaire, le pèlerinage, l’action non-violente, – elles ont étonné autant ses adversaires que beaucoup de ses alliés. Mais elle correspondait au personnage, attiré par les figures marginales du christianisme et par ceux qui vivent leur foi dans la douleur.
Disparu voici plus d’un demi-siècle,  Louis Massignon a laissé un message, qui tient en quelques aphorismes comme « Il faut nous rapprocher d’une chose non en nous, mais en elle. »

Mais l’incompréhension, notamment en France, du monde musulman, les événements en Algérie, à Jérusalem, en Afghanistan, viennent malheureusement chaque jour confirmer ses vues les plus sombres, au lieu de cette non-violence, de cette compassion envers les plus faibles, de ce désir de justice, de cette réconciliation des chrétiens et des musulmans ainsi que de ce « repas d’hospitalité partagé entre compagnons de travail, dans l’honneur » en lequel il croyait.

 

Plus de détails sur Louis Massignon

en ligne : www.lefigaro.fr/livres/2009/06/04/03005-20090604ARTFIG00460-louis-massignon-quand-la-mystique-inspire-la-politique-.php

en livre : Louis Massignon, le cheikh admirable (Christian Destremau et Jean Moncelon ; éditions Capucin ; 2005) et L’autre visage de Louis Massignon (Laure Meesemaecker ; éditions Via Romana ; 2011).

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